Innovation

Jean-Pierre Bansard, pionnier de la mobilité électrique6 min read

7 mai 2019 5 min read

Jean-Pierre Bansard, pionnier de la mobilité électrique6 min read

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Reconnu pour ses multiples réussites entrepreneuriales (Usine Center, puces de Saint-Ouen, immobilier, hôtellerie de luxe…), Jean-Pierre Bansard a également été à l’origine d’une révolution technologique : le lancement du premier vélo électrique en France sous la marque iconique Solex.

En 2004, alors qu’il venait de racheter la marque Solex, tombée en désuétude, Jean-Pierre Bansard est le premier en France à lancer un cyclomoteur électrique destiné au grand public. Quinze ans plus tard, l’électrique est partout, des voitures aux scooters, en passant par les trottinettes et les vélos. Jean-Pierre Bansard revient sur ce coup de poker qui a changé le cours de la mobilité dans l’Hexagone.

Qu’est-ce qui vous poussé à racheter Solex en 2004 ?

Jean-Pierre Bansard : Pour être très franc, cela aurait pu être une autre marque française historique. En revanche, s’il s’était agi d’une marque étrangère, je ne m’y serais pas intéressé. Je suis très attaché à la France. Lorsque j’ai appris qu’une marque aussi prestigieuse que Solex était en train de tomber dans l’oubli, j’ai eu envie de la relancer.

Que représentait Solex à vos yeux ?

Jean-Pierre Bansard : C’était un cyclomoteur qui avait bien vécu et qui fut un véhicule révolutionnaire dans les années 60-70. Ses qualités et ses performances étaient saluées dans le monde entier.

Comment avez-vous procédé pour redorer le blason de la marque ?

Jean-Pierre Bansard : Dès le départ, trois choses m’ont sauté aux yeux. D’abord, Solex avait un nom, un nom unique et irremplaçable. C’était extrêmement positif. En revanche, le véhicule comportait deux aspects négatifs : il fonctionnait avec un moteur à essence et il ne brillait pas par sa beauté.

Entrepreneur et sénateur, Jean-Pierre Bansard est un pionnier de la mobilité électrique.
L’entrepreneur et ex sénateur, Jean-Pierre Bansard a transformé le paysage de la mobilité électrique en France.

J’ai donc transformé le négatif en positif. J’ai, bien entendu, conservé le nom. Puis, j’ai fait appel à Pininfarina (célèbre carrossier italien — ndlr) pour dessiner le nouveau modèle. Enfin, j’ai pris une décision radicale : stopper l’essence et fabriquer un véhicule 100 % électrique. Nous avons donc remplacé le moteur essence par un moteur électrique. A l’époque, il était déjà anormal de se rendre dans une station-service pour verser un litre et demi d’essence dans son Solex. Aujourd’hui, c’est franchement archaïque.

Jean-Pierre Bansard : « Nous avons essuyé les plâtres »

Vous lancez l’électrification de Solex au milieu des années 2000. Depuis cette date, on vous considère souvent comme le pionnier de l’électrique en France. Etiez-vous vraiment seul sur le créneau de la mobilité électrique ?

Jean-Pierre Bansard : A l’époque, personne n’était passé à l’électrique, ni les voitures, ni les scooters. Les chariots dans les aéroports étaient les seuls véhicules électriques disponibles ! Ayant été le premier à concevoir un vélo électrique en France, il n’est pas faux de dire que j’ai été le précurseur.

Avez-vous été soutenu dans ce projet d’avant-garde ?

Jean-Pierre Bansard : Je n’ai été soutenu par personne. J’ai pensé cette révolution électrique seul, et j’ai tout financé sur mes fonds propres.

Comment avez-vous procédé pour mettre sur pied le premier Solex électrique ?

Jean-Pierre Bansard : Je me suis rendu dans les écoles chinoises les plus performantes pour mettre au point une batterie lithium-ion. C’est cette démarche qui a vraiment marqué le lancement de la mobilité électrique en France. Les gens ont tout de suite trouvé que ce projet était extraordinaire. A contrario, on a essuyé les plâtres au niveau technique…

C’est-à-dire ?

Jean-Pierre Bansard : Durant les trois premières années, nous avons rencontré beaucoup de problèmes sur les batteries électriques. Nous avons même dû faire un rappel national des batteries… Aujourd’hui, nous sommes au point au niveau technique, mais à l’époque, nous étions seuls face aux problèmes de batterie. Si je m’étais lancé en 2019, je suis persuadé que je n’aurais pas eu le moindre problème avec les batteries actuelles. Elles sont au point : fiables et sécurisées.

Jean-Pierre Bansard : « Il y a 15 ans, nous étions loin d’imaginer que les véhicules électriques prendraient une place aussi importante dans nos vies »

N’est-ce pas le lot des entrepreneurs d’avant-garde et des pionniers de trouver des solutions ?

Jean-Pierre Bansard : Je le pense. Aucun domaine n’échappe à cette règle. Quand vous lancez une innovation technologique de cette ampleur, vous rencontrez forcément des écueils. C’est encore plus vrai lorsque vous vous adressez au grand public. Quand les gens achètent un Solex, ils sont extrêmement exigeants, et d’une certaine manière, ils ont raison.

Le marché était-il mature pour une telle innovation ?

Jean-Pierre Bansard : Contrairement à ce qu’on croit, le marché était déjà favorable à l’époque. Mais les gens ont ceci de particulier qu’ils ont tendance à attendre lors du lancement d’un produit. Ils ne veulent pas essuyer les plâtres eux-mêmes.

Portrait de Jean-Pierre Bansard, un entrepreneur qui a lancé des dizaines de sociétés et créé des milliers d'emplois. Il a notamment contribué à lancer la révolution de l'électrique en France.
Ancien sénateur, Jean-Pierre Bansard a été l’un des précurseurs de la mobilité électrique dans l’Hexagone.

Avez-vous eu raison trop tôt ?

Je ne pense pas être arrivé trop en avance. En revanche, nous étions très en avance par rapport aux laboratoires de recherche et aux fabricants de batteries. Ils ont inventé les batteries et les autres composants au moment même où je démarrais l’aventure Solex.

Avez-vous été surpris par le développement des véhicules électriques ?

Oui. Il y a 15 ans, lorsque nous avons relancé Solex, nous étions loin d’imaginer que les véhicules électriques prendraient une place aussi importante dans nos vies.

A partir des années 2012-2013, tout le monde s’est rué sur l’électrique. On a construit des vélomoteurs, des scooters, des voitures…

« Je suis fier d’avoir été un pionnier de l’électrique en France »

Etes-vous fier d’avoir été à l’origine de cette révolution technologique et sociétale ?

Je suis fier d’avoir été un pionnier de l’électrique en France. Surtout quand je constate l’extraordinaire démocratisation du phénomène. Aujourd’hui, on est en train de tout passer à l’électrique, les bus, les voitures, les vélomoteurs… Et ce n’est que le début. En 2004, il n’y avait rien, j’ai tout fait moi-même. N’étant pas du métier, j’ai dû étudier les composants à l’intérieur des batteries, comprendre comment ils fonctionnaient…

On reproche souvent à l’Etat de ne pas assez soutenir la transition électrique. Etait-ce déjà le cas au moment où vous avez relancé Solex ?

L’Etat ne nous soutenait pas du tout. Il y a dix ans, on avait juste réussi à faire en sorte que la mairie de Paris crée une prime de 400 euros. Aussi étrange soit-il, la ville de Paris n’a même pas utilisé tout son quota… Pourquoi ? Parce qu’après avoir acheté leur Solex, les clients n’allaient pas chercher leur prime. Aujourd’hui, cette aide fonctionne très bien (33 % du prix d’achat avec un plafond à 400 euros pour les vélos électriques — ndlr). Globalement, on peut dire que l’Etat et les collectivités soutiennent davantage la révolution électrique qu’il y a dix ans.

2 Comments
  1. Serge Kahn

    Le sénateur et entrepreneur Jean-Pierre Bansard avait donc raison avant les autres ! Cet homme a créé des milliers d'emplois mais notre système préfère favoriser les rentiers et les fainéants plutôt que les créateurs d'entreprises.Pour tout savoir sur lui : https://www.linkedin.com/in/jean-pierre-bansard-388410158

  2. Carine P.

    Les entrepreneurs avant-gardistes et les pionniers doivent répondre seuls aux problèmes, c'est une réalité. Et bien souvent, on leur met des bâtons dans les roues. Le sénateur Jean-Pierre Bansard est l'exemple parfait du créateur visionnaire. Au Sénat, où il a dérange l'ordre établi, les déclinistes de tous bords ont eu raison de lui. Récemment, il a poussé un coup de gueule contre les casseurs sur les Champs-Elysées : Jean-Pierre Bansard, propriétaire de l’Intercontinental Marceau : « Les Gilets jaunes précarisent l’emploi au coeur de Paris »

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