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Guillaume Champeau : « Le phénomène de meute s’est installé sur Twitter »6 min read

20 février 2020 4 min read

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Guillaume Champeau : « Le phénomène de meute s’est installé sur Twitter »6 min read

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Fondateur de Numerama, devenu directeur de l’éthique et des affaires juridiques de Qwant depuis 2016, Guillaume Champeau « adore débattre sur Twitter ». Il a d’ailleurs créé une charte éthique « contre le harcèlement et pour des débats constructifs ». The Next Media l’a interrogé sur le rapport qu’il entretenait avec Twitter, un réseau social perçu à la fois comme un bastion de la liberté d’expression, mais aussi comme un espace de lynchage médiatique où tous les coups sont permis.

Peut-on tout dire sur Twitter ?

Il y a une double réponse. D’un point de vue juridique, la réponse est clairement non. En France, comme dans la plupart des pays du monde, la liberté d’expression n’est pas totale. Il ne faut pas en abuser, et notamment ne pas tenir des propos racistes antisémites, insultants ou diffamatoires à l’égard d’une population. Heureusement, lorsque ces propos existent, Twitter réagit en les supprimant.

Nous pouvons également être poursuivis en justice pour certains propos. Cependant, si nous sommes dans le champ de la légalité, nous pouvons tout dire, si nous l’assumons. Par contre, si vous voulez être relativement tranquille, vous êtes obligés de vous autocensurer parce que toute prise de position, qui peut être contraire à ce que l’autre pense, peut être sujette à des désaccords très violents, qui peuvent se traduire par des « effets de meute ». Mais sur le principe, nous pouvons tout dire, et heureusement.

Y a-t-il des sujets que vous vous interdisez d’aborder ?

Malheureusement, de plus en plus. Pendant des années, j’ai eu une liberté de parole totale, et cela ne m’a posé aucun problème d’avoir des réactions négatives, voire même des insultes. Je fais désormais beaucoup plus attention car je suis un employé d’une entreprise. Cependant, j’essaie au maximum de limiter mon autocensure. Lorsque vous avez beaucoup de followers, vous avez la responsabilité de défendre des sujets auxquels vous croyez. Il y a une autocensure car vous êtes tellement exposé à des communautés qui sont très bien organisées. En exprimant une opinion sur un sujet politique, vous risquez de vous retrouver face à des groupes qui attaquent. Cela peut être extrêmement violent. Nous sommes de plus en plus poussés à nous censurer par crainte de ce genre de chose.

« Nous sommes de plus en plus poussés à nous censurer »

Comment jugez-vous l’évolution de Twitter ?

Il existe plusieurs phases. Durant les premières années (20082009), Twitter était un réseau de précurseurs, d’experts, d’activistes, de journalistes qui étaient là pour partager des informations avec une bonne humeur générale. Ensuite, il y a eu une démocratisation de Twitter dans les années 2012-2013. D’un seul coup, c’est devenu un réseau grand public sur lequel le phénomène de meute s’est installé, avec des réactions beaucoup moins tendres et moins de respect. Et cela s’est beaucoup aggravé avec la campagne présidentielle de 2017, où deux blocs se sont formés et se sont organisés avec des communautés de militants, voire même des robots. Mais Twitter reste tout de même un réseau extrêmement positif.

Avez-vous déjà regretté un tweet ?

Oui, mais je les efface assez rapidement. Nous pouvons parfois relayer des choses en croyant à la source, avant de se rendre compte que c’était une erreur. Donc, pour ne pas propager une fausse information, j’efface.

Quel est le dernier thread qui vous a marqué ?

C’était sur la réforme des retraites et la question du point d’indice et du revenu moyen d’activité. Je regarde beaucoup de threads d’un point de vue juridique. J’aime beaucoup les threads car cela permet de poser un regard beaucoup plus froid ; un tweet est souvent caricatural en raison du nombre de signes limités.

Twitter change-t-il la pratique de votre métier ?

Je ne sais pas si « changer » est le mot juste. Cela m’est très utile pour plusieurs raisons. La première est que Twitter permet d’être en relation avec des personnes qui peuvent être physiquement éloignées ou qui n’ont pas le temps de se rendre à des réunions. Cela me permet également d’échanger des points de vue sur tout ce qui concerne les activités de Qwant : sujets éthiques et juridiques sur la protection des données, vie privée… Je fais également un travail de veille.

Que vous apporte Twitter ?

Énormément de contacts avec des personnes et une diversité de points de vue. Il y a beaucoup de possibilités sur Twitter. Lorsque nous donnons une idée, un point de vue ou une information, les individus réagissent immédiatement en donnant leur avis.

Nous ne retrouvons pas cette logique sur Facebook. J’ai d’ailleurs arrêté d’utiliser Facebook, il n’y avait plus aucun intérêt : je me suis rendu compte qu’à chaque fois que je publiais quelque chose, je n’avais que des réponses en accord avec mes idées. Je veux que les points de vue se confrontent, je veux trouver des contre-arguments auxquels je n’aurais pas forcément pensé. Je trouve que Twitter est beaucoup plus efficace sur ce point.

« J’ai arrêté d’utiliser Facebook : je me suis rendu compte qu’à chaque fois que je publiais quelque chose, je n’avais que des réponses en accord avec mes idées »

Quels sont vos sujets de prédilection ?

Ils concernent ma profession : la protection des droits sur Internet et de la vie privée. J’aime également aborder des sujets plus personnels avec une certaine vision de la société : l’avenir de notre démocratie, l’égalité entre les citoyens, la distribution des richesses…

Pourquoi avez-vous créé une « charte éthique contre le harcèlement et pour des débats constructifs » ?

C’est une charte éthique dans laquelle j’expose la manière dont j’utilise Twitter. J’indique qu’il ne faut pas participer à des « effets de meute » L’objectif est que Twitter puisse redevenir un lieu de débats constructifs et limiter les risques de cyberharcèlement. De plus, si j’enfreins moi-même les règles que j’ai fixées, je veux que les personnes me le rappellent.

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