Economie

Stootie : les raisons d’un échec

29 novembre 2018

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Stootie : les raisons d’un échec

En cessation de paiement depuis août dernier, Stootie, acteur majeur du marché des services entre particuliers en France, a été placé le 18 octobre dernier en redressement judiciaire. Si plusieurs offres ont été déposées, c’est finalement Cdiscount, numéro deux du e-commerce en France derrière Amazon, qui devrait l’emporter et injecter plusieurs millions d’euros pour relancer l’activité. Présente sur un marché en plein essor, celui de l’économie collaborative, la start-up parisienne avait pourtant tout pour réussir par ses propres moyens.

« Stootie, la plateforme d’échange de services qui monte », titrait encore à la mi-juillet le site Capital.fr. Force est de constater que la chute n’en est que plus brutale. Comment la jeune pousse parisienne, qui a levé plus de 10 millions d’euros depuis sa création en 2011 et dépassé le million d’utilisateurs en début d’année, en est-elle arrivée là ?

C’est simple : Stootie a, depuis sa dernière levée de 9,2 millions d’euros fin 2016, dépensé sans compter. Embauches à la pelle – une cinquantaine de collaborateurs, quand le leader AlloVoisins, deux fois plus gros, en compte moins d’une vingtaine –, installation dans de nouveaux locaux dans le 2ème arrondissement de Paris, explosion des budgets publicitaires avec campagnes télé, refonte de l’identité visuelle, campagnes d’influenceurs « stars » (et donc chers)…

Une croissance qui n’a pas jamais été à la hauteur

Les charges ont donc explosé, la start-up s’étant dotée de moyens dignes d’une structure établie et solide. Mais la croissance n’a jamais été au rendez-vous. Une activité trop centrée sur Paris, un marché très concurrentiel où Stootie est loin d’être le leader incontesté, une marque qui ne s’est jamais imposée sur son marché… Autant de raisons qui expliquent pourquoi les investisseurs (Maif, Bpifrance, Xavier Niel, Marc Simoncini…) lâchent aujourd’hui l’entreprise, deux ans seulement après avoir misé 10 millions d’euros dessus.

Par ricochet, l’échec de Stootie peut poser la question de la viabilité d’un secteur, celui du service entre particuliers en France. Pourtant, AlloVoisins annonce régulièrement des chiffres impressionnants (plus de 3000 nouveaux inscrits chaque jour), tandis que YoupiJob et Frizbiz connaissent aussi de belles croissances après avoir misé sur des partenariats avec des enseignes de bricolage. L’américain Nextdoor, qui s’est lancé en France en début d’année, voit dans la France un marché porteur, ce qui constitue sans doute la meilleure preuve du dynamisme d’un marché qui pèse près de 50 milliards d’euros.

Une gestion discutable

Les causes de l’échec de Stootie ne sont pas externes, elles s’expliquent par des mauvais choix internes de gestion d’entreprise. Un enseignement qui peut servir d’exemple aux start-up parfois trop pressées de grandir : la levée de fonds n’est pas une fin en soi, mais un moyen qui doit être mis au service d’un objectif. Une réalité que beaucoup de jeunes pousses à la vision parfois court-termiste tendent à oublier.

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