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Vikash Dhorasoo : « J’ai changé de classe sociale, mais je n’oublie pas d’où je viens »7 min read

12 mars 2020 5 min read

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Vikash Dhorasoo : « J’ai changé de classe sociale, mais je n’oublie pas d’où je viens »7 min read

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Candidat au côté de La France Insoumise (LFI) aux élections municipales à Paris (18ème), soutenu par Virginie Despentes et Rokhaya Diallo et honni par la presse réac, l’ancien footballeur Vikash Dhorasoo revendique son refus des discriminations et des inégalités.

Pourquoi vous engager en politique ?

Je suis un Français issu de l’immigration. J’ai grandi dans le quartier populaire de Caucriauville, en périphérie du Havre. J’ai bénéficié de prestations sociales et de l’école publique, entre autres. Aujourd’hui, je suis dans une situation confortable, certes, mais j’ai envie de renvoyer l’ascenseur.

Je veux aider celles et ceux qui sont dans le besoin. Celui qui a gagné ou gagne beaucoup d’argent a une responsabilité vis-à-vis des plus démunis. « Quand on a le sentiment de s’être libéré, il faut aider à libérer quelqu’un d’autre », disait la romancière américaine Toni Morrison.

Parmi les propositions que vous portez pour Paris, lesquelles vous paraissent les plus urgentes à mettre en place ?

Il faut tout d’abord soumettre au référendum l’organisation des Jeux Olympiques 2024. Cet événement sportif est une catastrophe annoncée d’un point vue économique, social et écologique. Le sport ne doit pas être un prétexte pour engranger des profits, créer de la dette et in fine porter atteinte à l’environnement.

Je veux construire un parc dans le 18ème. C’est dans cet arrondissement qu’il y a le moins d’espaces verts par habitant — moins d’un mètre carré par habitant alors que l’Organisation mondiale de la Santé en recommande 12 —, c’est l’endroit où les Parisiens respirent le moins bien. C’est une véritable demande des habitants et des habitantes. Mais le maire sortant ne les écoute pas. La preuve : il propose de faire couler du béton sur la friche Ordener.

Enfin, je veux casser le contrat entre la municipalité du 18ème et la Sogeres. Cette filiale de Sodexo, géant de l’agroalimentaire, nourrit actuellement nos enfants dans les cantines du 18ème. Viande non-française, non-certifiée bio, quantités insuffisantes… C’est de la malbouffe ! On délègue à un acteur privé un service qui relève de l’action publique. Ça coûte cher au contribuable et c’est dangereux pour la santé de nos enfants. C’est un scandale. Le maire sortant a prolongé le contrat alors que les parents se mobilisent depuis plusieurs mois. Il faut re-municipaliser les cantines scolaires et servir aux enfants des produits bios, locaux, de saison, cuisinés sur place.

« Mon objectif est de stopper le phénomène de gentrification qui tend à faire de Paris un hyper-centre colonisé par les plus riches et déserté par les classes populaires »

Quelles sont vos propositions pour les quartiers populaires ?

Permettez-moi de vous donner un chiffre : il y a 17 000 logements vacants dans le 18ème arrondissement de Paris. Je propose donc de réquisitionner par voie référendaire ces logements pour traiter en urgence la situation des sans-abris et des migrants. Comme vous le savez, la pression foncière à Paris fait exploser les prix des loyers et du mètre carré. La menace de la réquisition devrait suffire à remettre ces logements sur le marché et à faire baisser les prix.

À « Décidons Paris », nous proposons le plafonnement et l’encadrement des loyers. À Berlin, la gauche radicale représentée par les élus de Die Linke l’a fait. Résultat : depuis le 23 février 2020, les loyers de tous les logements anciens du parc privé de Berlin, soit 1,6 million d’appartements, sont gelés pour cinq ans. Les propriétaires sont tenus d’informer leurs locataires du montant maximum du loyer autorisé par la loi. Mon objectif est de stopper le phénomène de gentrification qui tend à faire de Paris un hyper-centre colonisé par les plus riches et déserté par les classes populaires. Autre mesure et pas des moindres : je veux recréer du lien social, faire en sorte que les gens se rencontrent et interagissent davantage. Plus on se parle, mieux on se comprend.

Vous utilisez votre notoriété d’ancien footballeur…

Oui, j’utilise ma notoriété. C’est justement l’intérêt de ma candidature. J’ai changé de classe sociale, mais je n’oublie pas d’où je viens et j’espère que ma notoriété et ma sincérité pourront servir mon combat politique.

Vous sentez-vous à l’aise dans un environnement contraint par les règles d’un parti comme La France Insoumise ?

Encore une fois, je le dis et je le répète : je ne suis encarté dans aucun parti. « Décidons Paris » est une liste citoyenne composée de personnes issues de la société civile. C’est une plateforme soutenue par différents mouvements : la France Insoumise, Révolution Écologique pour le Vivant (REV), Pour une Écologie Populaire et Sociale (PEPS) et le Mouvement Ecolo. Nous ne sommes pas là en chemise blanche, tout droit sortis de l’ENA à la conquête du pouvoir. Non. Nous voulons déprofessionaliser la fonction politique et donc revoir totalement « les règles d’un parti ». Je me sens donc à l’aise dans cet environnement.

Votre candidature a-t-elle sa place dans une ville dirigée depuis 19 ans par la gauche ?

Ma candidature a toute sa place pour plusieurs raisons. D’abord, de nombreuses personnalités et de nombreux habitants du 18ème me soutiennent et m’encouragent. Vous n’êtes pas sans savoir que nous vivons une crise politique : les Français ont une défiance vis-à-vis des élus, vis-à-vis d’une conception archaïque de la politique. Avec « Décidons Paris », nous proposons une réelle alternative démocratique. Nous ne sommes pas là pour servir les intérêts de nos amis, mais bien ceux des habitants et des habitantes. C’est d’ailleurs pour ça que nous proposons un usage quasi-systématique du RIC et de l’outil référendaire sur de nombreux sujets. Il faut replacer les électeurs au centre du processus décisionnel. Enfin, le mot « gauche » a été galvaudé. Nous ne représentons pas la gauche du 49.3, la gauche des alliances opportunistes et encore moins la gauche des JO 2024.

« Est-ce qu’on peut être de gauche et tendre la main à Cédric Villani ? »

Vous êtes critique à l’égard d’Anne Hidalgo et de Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge du logement. Pour quelle raison ?

Il faut être précis. Anne Hidalgo est socialiste, Ian Brossat est communiste. Aujourd’hui, les mots sont vidés de leur sens. Est-ce qu’on peut être de gauche et tendre la main à Cédric Villani, candidat issu de la majorité gouvernementale ? Ou bien s’asseoir à la même table que Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris ? Le premier a voté en faveur du CETA et du maintien du glyphosate à l’Assemblée Nationale, le second a soutenu la candidature d’Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017. Je ne suis pas réticent, je me pose simplement des questions sur les convictions et sur la sincérité de mes adversaires.

Que pensez-vous de l’affaire Polanski et du combat d’Adèle Haenel ?

Virginie Despentes, qui soutient mon action, a tout dit dans les colonnes de Libération. Je ne pourrais dire mieux. « Désormais on se lève et on se barre ».

Vous fait-on ressentir que vous êtes un footballeur avant d’être un politique ?

Je ne sais pas ce que signifie précisément « être un politique ». Si « être un politique » désigne le fait de renier ses valeurs et d’adopter des mesures législatives qui vont à l’encontre de l’intérêt commun, alors je ne suis pas un politique. Une chose est sûre : je suis un citoyen engagé. Mon passé de footballeur revient sur la table de manière récurrente, c’est normal et naturel. Sur RTL par exemple, on m’a demandé ce que je pensais de la décision de faire jouer à huis clos PSG-Dortmund. Mais j’ai aussi des choses à dire sur ma conception de Paris !

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