Innovation

Edouard Dumortier (AlloVoisins) : « L’économie collaborative, de gré ou de force, se développera »

30 octobre 2018

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Edouard Dumortier (AlloVoisins) : « L’économie collaborative, de gré ou de force, se développera »

Le chiffre d’affaire généré par l’économie collaborative explose chaque année en France. Mais en imposant aux plateformes l’obligation de transmettre au Trésor Public les revenus perçus par leurs utilisateurs, l’État n’est-il pas en train d’entraver la marche d’un modèle économique émergent et très apprécié des Français ? Explications d’Édouard Dumortier, co-fondateur et PDG d’AlloVoisins, leader du marché des services entre particuliers.

A partir de 2019, les revenus de l’économie collaborative perçus via des plateformes comme AlloVoisins seront transmis automatiquement au fisc. Vous faites partie des personnalités de l’économie collaborative qui s’insurgent contre ces mesures… Pourquoi ?

Édouard Dumortier : Quand l’État impose des règles dépassées à des entreprises qui ne le sont pas, quand il met des bâtons dans les roues d’AirBnB et d’autres, il pénalise l’économie collaborative, à laquelle les Français sont très attachés. D’autre part, l’État est en train de désorganiser une économie qui a besoin d’être structurée. Or, il faut bien comprendre que l’économie collaborative est tout sauf une mode, c’est un nouveau modèle économique qui a vocation à cohabiter avec le modèle économique existant et, peut-être, à terme à prendre le pas sur celui-ci.

Pourtant ces évolutions fiscales ont le mérite de rendre plus compréhensible une situation pas toujours très claire, non ?

Vous voulez rire ? On est constamment sur du « deux poids, deux mesures ». Lorsqu’on regarde la fiscalité prévue pour les entreprises issues de l’économie collaborative, on s’aperçoit que personne n’est logé à la même enseigne. Vous souhaitez vendre votre perceuse sur le Bon Coin ? Vous ne serez pas fiscalisé.

En revanche, si vous la louez sur AlloVoisins pour cinq euros, vous le serez ! Un trajet en co-voiturage sur BlaBlaCar ? Vous ne serez pas fiscalisé. Mais si vous louez votre voiture à un particulier pour faire le même trajet, vous le serez. Vous donnez un coup de main à un voisin pour un déménagement ? Pas de problème, vous en avez bien sûr le droit. Mais, si vous prenez votre camionnette pour l’occasion, vous ne l’avez plus ! Les règles sont tellement floues, tellement arbitraires, que personne ne s’y retrouve.

Pour vous, l’État ne doit pas chercher à réguler l’économie collaborative ?

Au contraire ! Il faut harmoniser et réglementer, mais en permettant à l’économie collaborative de se développer dans les meilleures conditions. Et en rendant tout cela lisible. L’économie collaborative est une économie émergente qui a besoin d’un cadre pour lui permette de se développer dans les meilleures conditions.

Aujourd’hui, on tente de réguler un modèle économique émergent avec les règles de l’ancien monde ! Ça ne peut pas fonctionner. Du coup, personne ne s’y retrouve : ni les modèles économiques traditionnels, ni les modèles économiques émergents. Quant au consommateur, il est perdu…

Vous êtes l’un des pionniers de l’économie collaborative en France. Comment voyez-vous son avenir ?

Si des plates-formes comme AlloVoisins se développent aussi fortement, c’est parce que la demande est au rendez-vous. Je suis donc optimiste : l’économie collaborative, de gré ou de force, se développera. L’État devrait tout de même nous accompagner et nous permettre de grandir au lieu de nous compliquer la tâche. Aujourd’hui, ce n’est pas vraiment le cas et j’en suis triste. L’État devrait favoriser le développement d’un AirBnb français plutôt que l’entraver.

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