Quelles ambitions pour French Tech Bordeaux ?

Innovation 28 septembre 2018

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Quelles ambitions pour French Tech Bordeaux ?

Ancien chargé de mission à l’économie numérique à Bordeaux Métropole, Philippe Métayer a pris la tête de French Tech Bordeaux en juin dernier. Avec plus de 25 000 emplois et l’arrivée de grands groupes (Ubisoft, Betclic, OVH…), l’écosystème bordelais a pris une nouvelle dimension. Explications avec Philippe Métayer.

Quelle est l’ambition de French Tech Bordeaux ?

Elle rejoint les objectifs des labels French Tech : fédérer un écosystème présent sur le territoire, mais aussi développer des outils de partage du savoir-faire et d’accélération des projets. Nous avons également une mission de promotion des start-up, notamment à l’international, afin de porter l’excellence des entrepreneurs, des technologies et de l’innovation développés par nos start-up et nos entrepreneurs sur notre territoire.

Comment décrire l’écosystème bordelais ? Quelle est sa spécificité ?

Il y a un adjectif que j’aime beaucoup et qui, je trouve, décrit bien ce qui est en train de se passer aujourd’hui à Bordeaux : notre écosystème est bouillonnant. Nous avons déjà une grosse base d’entrepreneurs installés très dynamiques – Bordeaux a des racines profondes dans le domaine de l’entrepreneuriat. À cet état d’esprit s’ajoute une dynamique très forte boostée par des arrivées importantes, soit d’entreprises réputées dans le monde entier (Ubisoft, OVH, Betclic…), soit d’acteurs moins connus mais nombreux (start-up studios, entreprises de la Tech, TPE-PME). En venant s’installer ici à Bordeaux ou sur le territoire, ces sociétés provoquent un foisonnement.

Où se situent ces implantations ?

Certaines entreprises préfèrent s’éloigner de Bordeaux, tandis que d’autres souhaitent absolument être au cœur de la métropole – le bassin d’emploi y est évidemment plus fort. Tout dépend, en fait, de leurs priorités, de leurs objectifs, de leurs besoins et de leurs souhaits. Mais les installations récentes ont principalement eu lieu à Bordeaux.

« Notre écosystème est bouillonnant »

En quoi ces arrivées de grands groupes (Betclic, Ubisoft, OVH…) ont-elles fait évoluer l’écosystème ?

Elles ont provoqué une amplification de la dynamique économique du territoire. Ce sont des géants. Or, lorsqu’un grand nom arrive, puis un deuxième et un troisième, ça attire l’attention. Mais cela ne fait que concrétiser une dynamique déjà enclenchée par les entrepreneurs présents depuis 10, 20 ou 30 ans.

Ces acteurs reconnus commencent aussi à travailler avec des acteurs locaux. Ubisoft, par exemple, s’est rapproché de Bordeaux Mécènes Solidaires, une fondation qui agit pour une société numérique inclusive. Cela s’est fait naturellement, c’était presque une demande de leur part de se rapprocher d’acteurs de ce type.

Pourquoi ce type d’acteur s’engage-t-il dans ce type de partenariat ?

Pour essayer de se mettre tout de suite en lien avec l’ensemble des acteurs, pour poursuivre son développement hors Bordeaux et hors du territoire, mais aussi pour essayer de s’implanter de manière positive et constructive vis-à-vis des acteurs déjà en place.

Quelles sont les « locomotives » de votre écosystème ?

Dans le domaine du jeu vidéo, on peut citer Ubisoft. Dans le domaine des industries créatives, nous avons Deezer, qui représente une belle opportunité pour les entreprises ou les start-up impliquées dans le domaine de la création sonore… Ces deux secteurs sont en très forte croissance. Ils font partie de la feuille de route économique de Bordeaux Métropole, mais aussi de celle du conseil régional dans le cadre du soutien à l’économie numérique pour 2018-2021. Ces locomotives, auxquelles il faudrait rajouter Betclic et OVH, s’inscrivent donc dans le cadre des axes de développement initiés au sein des collectivités.

Certaines start-up de l’écosystème bordelais peuvent-elles, elles aussi, être qualifiés de « locomotives » ?

Bien sûr, nous avons des pépites, peut-être moins connues du grand public mais très réputées dans leur secteur. Dans le domaine du jeu vidéo, nous avons Asobo Studio qui collabore en exclusivité mondiale avec Microsoft pour développer des applications autour des lunettes de réalité augmentée et virtuelle.

French Tech Bordeaux se positionne-t-il comme un facilitateur entre ces grands groupes et les start-up bordelaises ?

C’est notre ambition. On doit pouvoir adresser toutes les entreprises de la tech et du numérique pour qu’elles puissent se rencontrer, échanger, travailler ensemble, monter des projets, se développer…

« Dans le domaine du jeu vidéo, nous avons Asobo Studio qui collabore en exclusivité mondiale avec Microsoft »

Comment décrire aujourd’hui les relations que vous entretenez avec les PME locales et les grands groupes régionaux ?

Il y a deux éléments de réponse. Le but de French Tech est de fédérer. Et pour cela, depuis notre labellisation, French Tech Bordeaux a mis en place un système d’annuaire en ligne sur notre site Internet, qui permet de s’inscrire gratuitement de façon à référencer son entreprise. Une manière de dire « je soutiens l’initiative et je participe à la dynamique ». Aujourd’hui, on a quasiment 1000 entreprises référencées. Mais on va aller plus loin en proposant une nouvelle formule d’adhésion.

C’est-à-dire ?

Il y a toujours une inscription en ligne, mais on propose en plus une adhésion symbolique (100 euros par an, NDLR) par entreprise, quel que soit sa taille et son chiffre d’affaire. On compte déjà plus d’une cinquantaine d’adhésions. L’idée, c’est de faire en sorte que l’entreprise se décrive plus finement pour qu’on puisse y répondre plus facilement. Répondre individuellement à plus de 1000 entreprises – nous sommes une association loi 1901 à but non lucratif – est complexe…. Notre ambition est donc de procéder en deux temps. Construire une communauté et mettre à disposition des services spécifiques pour les entreprises adhérentes.

Combien l’association recense-t-elle de start-up ?

Plus de 300 start-up. Mais il faudrait définir ce qu’est une start-up, ce qui est toujours délicat…

Justement, qu’est-ce qu’une start-up, selon vous ?

C’est une entreprise jeune, qui a généralement moins de 24 mois, propose un produit ou un service innovant et qui a vocation à se développer à l’international. A Bordeaux, nous avons des start-up et des entreprises innovantes dont le marché est peut-être plus national, mais l’innovation est bien présente. Cet écosystème bouillonnant prend tout son sens lorsque se produisent ce que l’on appelle des fertilisations croisées entre entreprises, c’est-à-dire des échanges de bons procédés, de bonnes pratiques.

« Il est indispensable de penser très vite aux opportunités internationales »

L’internationalisation des start-up constitue l’un de vos principaux chantiers. Par quels mécanismes allez-vous la favoriser ?

L’idée, c’est de faire prendre conscience de l’importance de penser très vite aux marchés et aux opportunités internationales. Le local et la France sont importants, mais le fait de développer tout de suite son produit à l’échelle mondiale également. Bien sûr, on ne peut pas adresser le monde d’un seul coup, cela se fait par étape. Ces actions à l’international sont bien évidemment portées sous les bannière French Tech et French Tech Bordeaux, mais elles sont également organisées conjointement par l’ensemble des institutions et collectivités locales (Bordeaux Métropole, la région Nouvelle-Aquitaine, la Chambre de Commerce et d’Industrie). L’idée, c’est de jouer collectif pour aider nos entreprises.

Avez-vous d’autres outils à disposition des start-up souhaitant s’internationaliser ?

Il s’agit plus d’opportunités que d’un outil en tant que tel, mais nous sommes très souvent sollicités par des délégations étrangères de passage à Bordeaux. Nous en profitons pour mettre ces délégations en relation avec des entreprises locales. Cela dépend bien sûr des délégations, des thématiques qu’elles souhaitent traiter en priorité, et de la manière dont on peut l’adresser à nos entreprises et start-up. Mais cela reste une opportunité non négligeable.

Comment peut-on définir le label French Tech ?

Il y a toujours une sorte d’attente et, parfois, une déception lorsque les gens découvrent que French Tech n’est pas un accélérateur ou un investisseur : c’est un hub et un média. Nous jouons le rôle de facilitateur entre des catégories de personnes qui se parlent assez peu et restent enfermées dans leur thématique. French Tech décloisonne et désilote pour accélérer le développement des entreprises et des start-up.

Pourquoi vous définissez-vous comme un média ?

A Bordeaux, nous avons une spécificité : nous avons la plus grande des communautés French Tech sur les réseaux sociaux parmi tous les labels de métropole. Voici pourquoi on parle de hub et de média. On fait la promotion des réussites entrepreneuriales, des pépites, mais aussi des actions.

« Nous avons la plus grande des communautés French Tech sur les réseaux sociaux »

Quel regard portez-vous sur les rapprochements entre les grands groupes et les start-up ?

A partir du moment où il y a rapprochement et que c’est profitable pour tout le monde, c’est une avancée. Une société entrepreneuriale qui ne génèrerait que des start-up manquerait de forces de développement. Il ne faut pas oublier que la durée de vie des start-up est en moyenne bien moins importante que celle des grands groupes. On a besoin d’un équilibre. Si toutes les initiatives, qu’elles soient conduites par des groupes comme Arkéa ou par d’autres acteurs, peuvent avec équilibre accélérer le développement de nos start-up, c’est une bonne chose. Cela étant, c’est à chaque grand groupe et à chaque chaque start-up d’être vigilant par rapport à ses relations… On a tous eu l’écho d’expériences négatives que peuvent engendrer ce type de relations.


Illustration : French Tech Bordeaux — Facebook

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