Economie

Coronavirus : « Le point de rupture engendré par l’épidémie pourrait nous faire basculer dans une crise économique plus profonde »5 min read

12 mars 2020 3 min read

Coronavirus : « Le point de rupture engendré par l’épidémie pourrait nous faire basculer dans une crise économique plus profonde »5 min read

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D’une crise sanitaire à une crise financière… Et si l’épidémie de coronavirus allait jusqu’à faire dérailler l’économie mondiale ? Pour comprendre l’impact de cette crise et l’éventuelle récession à venir, nous avons interrogé Nicolas Chéron, directeur de la recherche marchés pour Binck.fr.

Quels sont les impacts de l’épidémie de coronavirus sur l’économie mondiale ?

Le coronavirus a débuté en Chine, la deuxième puissance économique de la planète. La Chine occupant une place très importante dans le système économique mondial, l’arrêt de ce pays va donc engendrer un très fort ralentissement de la croissance. Nous devrions enregistrer une baisse de 0,5 %, et passer de 2,9 % à 2,4 % de croissance. Cela va bien évidemment avoir un impact sur la croissance dans pratiquement toutes les zones économiques, notamment en France.

Faut-il s’attendre à une forte baisse de la croissance française ?

La croissance française devrait souffrir. La baisse avoisinera 0,3 %, voire 0,5 %. Nous ne devons pas sous-estimer l’impact que cette crise va avoir parce qu’elle engendre une conséquence psychologique très forte. Le coronavirus a été exacerbé et mis en avant par les médias. Une sorte de panique s’est mise en place. Cette dernière donne lieu à une surréaction, qui a entraîné la fermeture des écoles et des entreprises, l’arrêt de manifestations et donc une baisse de chiffres d’affaires dans toutes les sociétés. Pour l’heure, les secteurs les plus impactés sont les compagnies aériennes et l’hôtellerie.

« L’épidémie de coronavirus pourrait engendrer une récession qui entrainerait une baisse de la bourse pendant six, voire douze mois »

Ressentez-vous une inquiétude particulière du côté des investisseurs ?

Énormément. Ils sont stressés. Les investisseurs particuliers ont peur de ce qui se passe actuellement sur les marchés financiers. En l’espace d’une semaine, nous avons perdu 15 %. Nous ne retrouvons ces vitesses de baisse que lors des krach boursiers historiques (1929, 2001 et 2008). Le problème est l’impact à long terme car l’épidémie de coronavirus pourrait engendrer une récession qui entrainerait une baisse de la bourse pendant six, voire douze mois, et pas seulement trois. Aujourd’hui, nous pouvons déjà dire qu’il y a une récession au Japon et en Italie. L’Allemagne, quant à elle, en est proche, tandis que la France risque une récession économique à terme.

Selon vous, l’épidémie peut-elle déclencher une crise financière majeure comme en 2008 ?

Le coronavirus peut-être le point de départ d’une crise. Le choc psychologique ou le point de rupture engendré par l’épidémie pourrait, à terme, nous faire basculer dans une crise économique plus profonde. C’est la durée de cette épidémie qui va être importante. Si nous avons seulement deux mois d’arrêt et que l’économie repart assez vite, ça ira. Par contre, si nous continuons à avoir des malades et des entreprises qui ferment pendant plus de trois mois, les choses vont se compliquer.

Mais à l’heure actuelle, nous ne sommes pas encore en train de basculer vers une crise historique. Le risque est qu’après avoir perdu 15 %, nous reperdions 15 % de plus, car nous nous rendrons compte que cette épidémie a engendré une récession économique.

L’épidémie de SRAS, qui avait provoqué la mort de 774 personnes dans le monde entre 2002 et 2003, avait engendré un choc économique. Mais une fois l’épidémie maîtrisée, les marchés étaient repartis à la hausse. Pensez-vous qu’un tel scénario soit envisageable avec le coronavirus ?

Ce n’est pas inconcevable. Le problème tient au moment où cette épidémie est arrivée. Depuis une cinquantaine d’années, une crise économique et boursière a lieu tous les huit à dix ans, ce qui permet en quelque sorte de purger l’économie. A l’heure actuelle, nous sommes dans le cycle économique et boursier le plus long de l’histoire. Le coronavirus est arrivé à la fin d’un cycle économique, après onze années de hausse. Cette épidémie pourrait donc nous précipiter dans la récession.

« Cette crise va pousser certaines entreprises à relocaliser leurs productions en Europe ou aux États-Unis »

Estimez-vous que la Banque centrale européenne (BCE) doitinjecter des liquidités dans l’économie réelle, en adoptant une stratégie de type « monnaie hélicoptère »), pour rassurer les marchés et relancer l’activité, comme c’est notamment le cas à Hong Kong ?

Je pense que c’est trop tôt. La BCE a d’autres outils à sa disposition pour pouvoir stabiliser les marchés.

Lesquels ?

La BCE peut augmenter le « quantitative easing » (assouplissement quantitatif). Autrement dit, il est possible de créer de la monnaie que la BCE injecte ensuite dans le système. Il est également possible d’agir comme la banque centrale japonaise en achetant directement des actions.

Pensez-vous que cette épidémie, si elle persiste, puisse redistribuer les cartes de l’économie mondiale?

Non. Il est bien trop tôt pour parler de nouvel ordre économique mondial. En revanche, cette crise va pousser certaines entreprises à relocaliser leurs productions en Europe ou aux États-Unis car certains secteurs se rendent compte qu’ils sont trop dépendants de la Chine.

L’épidémie de coronavirus peut-elle représenter de nouvelles opportunités pour les investisseurs ?

Si le coronavirus s’arrêtait maintenant, oui. La baisse de 15 % des marchés a créé des opportunités pour les investisseurs qui attendaient le moment pour investir à bas prix. Mais si cette crise persiste, elle risque d’abîmer le mental des investisseurs. Elle ne représentera alors plus une opportunité…

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