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Romain Gerardin-Fresse : « L’entrepreneur est un joueur de poker »

9 novembre 2018

Romain Gerardin-Fresse : « L’entrepreneur est un joueur de poker »

Romain Gérardin-Fresse, expert juridique associé du Cabinet GFK Conseils-Juridis et conseiller économique, évoque les problématiques auxquelles sont confrontées les entrepreneurs au sujet de leur rémunération.

A quel moment la question de la rémunération se pose-t-elle ?

Lorsque l’on dirige une start-up, la question se pose dès la fondation. Si la quasi-totalité des personnes qui se lancent dans l’expérience entrepreneuriale le font avant tout par passion et par confiance dans les débouchés du projet qu’ils portent, il n’en demeure pas moins que l’aspect purement alimentaire est une variable essentielle qu’ils ne peuvent éluder.

Quelle est la phase la plus critique pour l’entrepreneur ?

La phase de démarrage et les trois exercices suivants sont souvent cruciaux en matière de stratégie d’investissement et de mobilisation des capitaux. Le cap le plus dur à passer et celui du « 36+ » (36 mois – ndlr). Il est impérieux que l’enveloppe envisagée et obtenue ad-hoc soit suffisante pour que l’entité́ soit suffisamment solide.

Quelles sont les différentes approches possibles ?

La première concerne le chef d’entreprise ambitieux, détenteur d’un projet novateur mais sans adossement financier – il se finance sur ses fonds propres. Sa marge est donc faible, et il doit souvent prioriser les postes de dépenses en fonction de l’échelle d’impériosité. Il se rémunère s’il le peut, et dans la plupart des cas de manière assez modeste.

La première concerne le chef d’entreprise ambitieux, détenteur d’un projet novateur mais sans adossement financier – il se finance sur ses fonds propres. Sa marge est donc faible, et il doit souvent prioriser les postes de dépenses en fonction de l’échelle d’impériosité. Il se rémunère s’il le peut, et dans la plupart des cas de manière assez modeste.

J’aime rappeler un propos si juste de Joseph Alois Schumpeter qui disait de l’entrepreneur qu’il est un joueur de poker qui parie sur l’avenir. C’est parfaitement exact.

Quels sont les avantages de ce profil ?

Actionnaire de sa propre start-up, l’entrepreneur bénéficiera d’une rémunération essentiellement variable. En revanche, si son projet trouve écho, alors les retombées financières pourront atteindre des sommets. Le problème de cette gestion à flux tendu réside dans le fait qu’à l’inverse, si l’idée est indéniablement bonne mais nécessite du temps aux fins de trouver son public, il y a de grands risques pour que faute de fonds suffisants, le projet s’éteigne avant d’avoir percé.

De grandes idées ont ainsi émergé́ par d’autres canaux et ont été́ personnifiées par d’autres visages que celui de l’inventeur initiale. Je connais des startupers qui ont hypothéqué́ leur propre maison afin de pouvoir lancer leur idée ! Je trouve cela problématique.

Les pouvoirs publics ont tenté d’y remédier à leur niveau, d’abord avec la création de la BPME (banque des PME – ndlr) sous le gouvernement Juppé, puis OSEO sous l’ère Sarkozy et enfin Bpifrance (banque publique d’investissement – ndlr), dont la mission première était le développement des entreprises en s’appuyant sur des partenaires institutionnels. Force est de constater que le résultat est mitigé…

Quel est le second profil ?

Le second profil est celui de l’entrepreneur qui a pu, dès le départ, être soutenu par des partenaires qui l’ont accompagné à travers une levée de fonds, un adossement industriel ou une joint-venture. Celui-ci a la possibilité d’intégrer dans le prévisionnel porté une rémunération fixe, souvent confortable, sans préjudice de sa part variable basée sur les résultats générés en clôture d’exercice.

Mais pour permettre à ce second profil d’émerger, il est indispensable que le startuper soit accompagné dès le début par de véritables professionnels du développement d’entreprise, voire un business angel qui puisse apporter tout son savoir-faire.

Quels sont les facteurs à prendre en compte lorsqu’on fixe sa rémunération ?

La latitude du dirigeant résulte du modèle économique choisi. Une fois encore, la marge de manœuvre est corrélative au profil de la start-up. S’il est seul aux commandes, l’entrepreneur est à la merci de sa puissance ou de sa faiblesse financière. En cela, l’agent modérateur sera la ressource dont il dispose.

De nombreux startupers vivent sur leurs deniers personnels ou sur les indemnités éventuellement allouées – ARE (allocation d’aide au retour à l’emploi – ndlr), ACCRE (aide au chômeur créant ou reprenant une entreprise – ndlr)… –, jusqu’à ce que leur point zéro soit atteint, sans se verser une quelconque subside.

Nonobstant, ils jouiront d’une certaine liberté de droit dans la distribution des excédents si leurs produits décollent et si l’EBE (excédent brut d’exploitation – ndlr) devient important.

Quid de l’entrepreneur qui a fait un rentrer un fonds au capital de sa start-up ?

Si le dirigeant bénéficie de ressources plus importantes apportées par un partenaire financier ou un incubateur, sa latitude est plus faible. La gouvernance est, de droit et de fait, partagée. Des comptes sont à rendre et les objectifs communs peuvent être discutés bilatéralement, voire imposés par le ou les partenaires si le montage n’a pas été suffisamment bien pensé. Il est donc impératif et primordial de peser juridiquement tout accord, dans un but évident de conserver l’ascendant sur le projet ou l’idée développés.

Que risque-t-on à ouvrir son capital ?

Cette opération demeure toujours risquée, sauf à considérer un pacte d’associés particulièrement exhaustif et protecteur, notamment avec des clauses limitatives de détention directe ou indirecte de capital, évitant ainsi que l’entrepreneur soit à la merci d’une décision adoptée en assemblée générale ou par le conseil d’administration, au sein desquels il aurait perdu toute faculté d’opposition et de levier, par une position trop minoritaire.
Une troisième option existe : céder son idée ou son brevet industriel en ouvrant sciemment son capital à un ou des partenaires qui en contrôleront alors l’ultra majorité.

L’entrepreneur devient un actionnaire très minoritaire avec une détention de 2 à 7 % du capital, tout en cumulant en plus de son mandat social un poste technique de salarié qui donnera lieu à une rémunération mensuelle fixe. En cela, le risque sera maitrisé, mais le gain sera moins exponentiel si la start-up décolle.

Au fond, tout se résume au risque acceptable, au jeu et à l’enjeu. Schumpeter avait donc définitivement raison : l’entrepreneur est bel et bien un joueur de poker.

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