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Michel Onfray, nietzshéen et libertaire11 min read

22 juillet 2019 7 min read

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Michel Onfray, nietzshéen et libertaire11 min read

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Michel Onfray est un philosophe apprécié du grand public dont les ouvrages font régulièrement débat… et référence. Ses opinions tranchées et sa réputation d’individualiste athée sont cependant réductrices de sa forte personnalité.

Michel Onfray écrit beaucoup, ce qui permet de mieux le connaître et même si sa pensée et ses aspirations évoluent dans le temps, on peut sans se tromper dire qu’il est proche à la fois d’Epicure et de Nietzsche, avec quelques faveurs pour le matérialisme et l’anarchisme.

L’homme est souvent fortement décrié, ses postures anti-Freudiennes et pro-Camus ont largement été commentées dans les media. Il faut dire que Michel Onfray est présent non seulement dans les librairies, mais dans les colonnes des journaux ou les émissions télé. Populaire, car ses livres se vendent bien, les critiques ne l’épargnent évidemment pas.

Fidèle à sa terre natale

Fidélité est un mot faible pour un homme qui réside toujours dans son village natal à Argentan et dont les ancêtres vivent en Normandie depuis des siècles. Terre agricole s’il en fut, Michel Onfray est fier de ses origines modestes.

Son père était ouvrier agricole, sa mère femme de ménage et c’est peu dire que le pensionnat catholique où il a été placé de 10 à 14 ans lui a laissé un mauvais souvenir.

Un tournant dans sa vie

Passionné par la philosophie, il devient docteur en la matière et par la suite enseignant. A 28 ans, il subit une épreuve importante et qui va bien entendu avoir son importance pour la suite : un infarctus manque de le faire mourir. Il aura plus tard un autre problème cardiaque suite à un AVC. Cette expérience de la « presque mort » va provoquer une nouvelle conscience et orientation. Le corps et l’intelligence ne faisant qu’un, il faut s’appliquer à ce qu’ils fonctionnent tous deux en bonne harmonie. Les hommes qui passent près de la mort décident souvent par la suite de modifier leur vie de façon plus ou moins radicale. Dans le cas de Michel Onfray, sa vocation de philosophe n’a pas été remise en question, mais l’orientation vers l’hédonisme est devenue nettement plus tranchée.

Sa vocation d’enseignant et d’écrivain

Très rapidement, cet homme au tempérament qui s’accommode mieux des remises en cause que de l’ordre établi travaille cependant pour l’éducation nationale au sein du lycée technique privé catholique de Caen pendant presque dix ans. Le côté administratif et fonction publique sont plutôt antinomiques avec cette personnalité à tendance anarchiste. Sa révolte se concrétise dans un nouveau projet en 2002 qu’il appellera la Communauté Philosophique. Ce sont les circonstances politiques de l’élection présidentielle de 2002 qui provoquent un tournant dans l’engagement de Michel Onfray.

Il crée donc l’Université populaire de Caen, gratuite, et opposée à l’enseignement traditionnel, s’inspirant des séminaires de philosophie hédoniste qu’il organise déjà chaque année. Il ne se positionne pourtant pas en chef de clan et dit garder en tête la phrase de Nietzche « Il m’est odieux de suivre autant que de guider ». Un autre espace de ce type a aussi été créé à Argentan.

Des opinions politiques bien tranchées

Libertaire et anarchiste, il n’est donc pas surprenant que ce soit la gauche, la « vraie gauche », qui ait les faveurs de notre homme, totalement engagé dans et pour la vie de la cité. Il dit avoir voté pour Besancenot en 2002, tout en ne remettant pas en question la propriété privée. Quelques années plus tard, il confie ne pas être anticapitalisme, mais vouloir une gestion libertaire de ce système économique, en lieu et place des principes libéraux. 

Le philosophe se veut libre de donner son avis en tant qu’individu même si cela ne correspond pas vraiment aux politiques officielles des partis. Ses prises de position ont souvent été critiquées par ses confrères. Couramment qualifié de libertaire, il se sent proche  des notions de coopération, de fédération, de mutualité et en cela il se rapproche de Proudhon.  

De l’action !  

Michel Onfray prouve par ses actes qu’il est dans l’action. Que ce soit lorsqu’il crée son université ou lorsqu’il soutient un homme en politique. Il n’a pas adopté une posture qui le mettrait au-dessus ou à côté des débats de société. Sa vision est profondément pragmatique, ce qui est loin d’être le cas de nombre de ses confrères.

Son action est en parfaite logique avec sa vision de l’être humain : pour Onfray, il n’y a pas de déterminisme génétique qui fait que l’on naîtrait assassin ou hétérosexuel. Ce sont l’environnement, les conditions familiales, sociales et historiques qui jouent le rôle de détonateur. Dans cette optique, contraire au déterminisme d’autres philosophes, il est normal qu’il faille agir justement pour provoquer le meilleur chez chacun. L’homme dit ne jamais s’ennuyer et détester attendre, un tempérament actif, voire hyperactif pour un philosophe que l’on retrouve sur tous les fronts : édition, radio, papier, tous les media l’intéressent pour communiquer et partager sa vision de la vie et la confronter à d’autres.  

De l’inspiration antique  

Michel Onfray revendique l’héritage antique. Du « connais toi toimême » de Socrate à l’hédonisme ascétique d’Epicure, il est en accord avec bien des philosophes de cette époque. Il est séduit et totalement en accord avec certaines des valeurs antiques. Ainsi, la vision d’Epicure sur le fait que « l’on philosophe avec un corps et qu’on ne devient pas sage à partir de n’importe quel état corporel » semble une évidence pour Michel Onfray qui qualifie cette façon de créer une « physiologie de la philosophie » absolument géniale. Une façon de penser d’autant plus séduisante pour cet athée qu’elle s’oppose à l’époque à la doctrine platonicienne et quelques siècles plus tard, chrétienne.

Autre point essentiel pour Michel Onfray, l’ataraxie en tant que « plaisir négatif ». En effet, le bonheur est déjà au départ le fait de ne pas souffrir, la fameuse absence de troubles qui peut mener à une véritable joie à partir du moment où la prise de conscience est possible. Quelques 24 siècles plus tard, Michel Onfray se permet même de défendre a posteriori Epicure. Selon lui, les attaques des adeptes des stoïciens, ou des chrétiens ensuite, est plutôt révélatrice de leur problème vis-à-vis de la chair qui les a amenés à vouloir détruire par la calomnie les successeurs du Jardin d’Epicure.   

Un véritable athée   

Le souvenir du pensionnat catholique a certainement laissé quelques traces dans l’inconscient de Michel Onfray, mais en tant que philosophe, il se positionne en tant que « athée post-chrétien ». Point de dieu, ni de puissance dans l’au-delà. En cela ; il est en accord avec Nietzsche qui préconise « contente-toi du monde donné ».

Aucun monde meilleur n’attend l’homme qui doit donc trouver le bonheur, autant que faire se peut, dans ce monde-ci. Une façon de voir qui peut peut-être se rapprocher du panthéisme qui voit le sacré uniquement dans la nature qui nous entoure. Pas d’au-delà donc, mais le philosophe va plus loin en prenant une posture clairement anti-religieuse.

Son raisonnement est clair et logique : les grandes religions monothéistes voient toutes dans la privation et la souffrance une voie de rédemption et traitent les adultes comme des enfants. Inepte pour Michel Onfray qui a choisi lui une autre ascèse, que l’on peut qualifier d’épicurienne. Cette ascèse conseille à la base de vivre selon ses besoins élémentaires. Or, les hommes préfèrent se fier à une présence surnaturelle et espérer le bonheur dans la vie après la mort plutôt que de se mettre en condition à trouver le bonheur ici et maintenant.   

De même pourquoi la sexualité devrait- elle être liée à la procréation ? C’est la morale judéo-chrétienne qui a fait le lien et l’a imposé. Or, la relation sexuelle doit pouvoir permettre un plaisir immédiat et joyeux sans autre forme de pensée ou de culpabilité. Y compris lorsque l’on est installé dans une relation amoureuse durable, ce qui est son cas.  

La recherche du bonheur   

Michel Onfray est convaincu que les hommes ont une responsabilité dans le fait qu’ils ne trouvent pas le bonheur. Or sauf, lorsque l’homme est malade, dans la misère, ou la souffrance psychologique, après un deuil par exemple, pourquoi n’est-il pas heureux ? Les technologies, la médecine ne cessent de faire des progrès, les travaux ou les tâches difficiles sont à présent réalisés par des machines en grande partie, et pourtant le bonheur ne fleurit pas sur les visages des contemporains. Vouloir le bonheur, c’est déjà se réjouir de ce que l’on a.

C’est aussi pratiquer « l’éthique de l’élection et de l’éviction ». Ainsi, si la religion dit d’aimer son prochain, la remarque de Michel Onfray est de dire « encore faut-il qu’il soit aimable ». Prendre contact avec une personne avec gentillesse est évident, mais ensuite, afin de mettre en place une relation dite hédoniste, il convient que l’autre soit dans les mêmes dispositions.

Si au contraire, l’on s’aperçoit que la personne peut devenir toxique, il est conseillé et prudent de la mettre à distance. Vouloir le bonheur, c’est aussi avoir le courage de ses opinions, une posture qui peut et devrait aussi être adoptée dans le domaine de la sexualité, du plaisir et de la jouissance. Pas de débauche quelle qu’elle soit, au contraire, une philosophie qui se base sur l’ascèse de l’être et non de l’avoir. « L’hédonisme comporte une partie bien souvent oubliée. L’aspect positif de recherche du plaisir éclipse la plupart du temps son corrélat : l’évitement du déplaisir » (Contre-histoire de la philosophie I, Les sagesses antiques Michel Onfray).  

Le philosophe rebelle  

Celui qui est souvent décrit comme un socialiste libertaire est aussi un être rebelle. S’il n’est pas dans la posture de « Indignez-vous », il est cependant convaincu que tout un chacun a la possibilité de se rebeller et de transformer ce qui l’entoure. L’engagement est pour Michel Onfray indispensable, il est important de voter par exemple. Et si cela doit aller jusqu’à la révolution, pourquoi pas lorsque cela est nécessaire. Ainsi, qui aurait pu prévoir les printemps arabes ? 

Car le prolétariat n’est pas mort. Si certains disent qu’il a disparu avec l’ère industrielle, la classe ouvrière est toujours là et le prolétariat comprend aujourd’hui des chômeurs, des jeunes stagiaires mal payés, etc. dont il faut en tenir compte. D’autant que notre civilisation est en déclin et plutôt décadente. L’Europe a connu son apogée il y a des siècles selon lui et n’est plus une puissance de l’avenir.  

Un homme toujours en évolution  

Voici donc un philosophe engagé, passionné et passionnant qui entame une nouvelle réflexion depuis le décès de son père. La jeunesse permet de se former, la maturité de se lancer dans l’action. Michel Onfray se pose la question de savoir si à présent est venu pour lui le temps d’une nouvelle évolution qui va vers plus de contemplation, de sagesse, peut-être une nouvelle étape.  

A ce titre la philosophie est essentielle. C’est la raison pour laquelle Michel Onfray s’est engagé dans son projet d’université au départ. La philosophie doit être approchée par tous y compris les plus jeunes. Car elle est la seule à faire des propositions existentielles sur des questions qui concernent tout un chacun : l’être et l’avoir, le bien et le mal, l’amour, l’amitié, les valeurs… Tout ce qui aide à donner un sens à sa vie. La philosophie n’est pas qu’intellectuelle, elle a aussi et surtout son importance dans la vie quotidienne. En nous livrant ses pensées intimes, c’est bien la vérité d’un homme qui se dessine sur le chemin d’une vérité plus universelle.  

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